Sagesse

Les vertus humaines

Les vertus principales

Max Scheler disait des vertus « qu’on ne pouvait pas sans pharisaïsme et sans hypocrisie prétendre les atteindre directement en voulant devenir vertueux, mais qu’il suffisait pour y parvenir de vivre certaines valeurs évidentes ; les vertus apparaîtront d’elles-mêmes “au dos des actes”. » L’acte d’amour universel contient en lui toutes les vertus !

Selon les Écrits sacrés, l’être humain est supposé observer des principes généraux sans lesquels il ne mérite pas l’appellation d’origine contrôlée (A.O.C.) d’Homme – homo-sapiens : la véracité, la compassion, l’austérité, la propreté, la tolérance, la discrimination entre le bien et le mal, la maîtrise du mental, la maîtrise des sens, la non-violence, la continence, la charité, la lecture des textes sacrés, la simplicité, le contentement, servir les personnes saintes et les aînés, abandonner peu à peu les activités inutiles, prendre conscience de la futilité des activités vaines auxquelles se consacre la société, savoir être grave, silencieux et éviter tout propos inutile, s’interroger sur son identité véritable à savoir que l’on est l’âme et non le corps, distribuer équitablement la nourriture à tous les êtres. Voire l’Appellation d’Origine Libérée d’Homme – homo-religiosus : considérer chaque âme comme partie intégrante du Seigneur, écouter les révélations et les récits des actes de Dieu, chanter les gloires de Ses actes et de Ses enseignements, toujours se rappeler de Lui, s’efforcer de Le servir, Lui offrir ses respects, être Son serviteur, Son ami, son amant, etc.

Ici, Eugène. Drewermann nous ferait remarquer qu’il est important de comprendre que la question n’est pas de savoir comment tel prêtre, religieuse ou pratiquant spirituel peut s’appuyer sur les conseils des Écritures pour se mettre plus intensivement, plus utilement, plus solidairement et plus loyalement au service d’un système global d’une institution religieuse ou d’une communauté spirituelle, mais au contraire de savoir comment l’individu peut arriver à recouvrir la valeur et la grandeur de sa propre personnalité et les suivre alors comme choses allant de soi à partir de cette expérience. Suivre les préceptes scripturaires ne consiste pas à sacrifier le moi personnel, mais consiste plutôt à l’établir dans ses droits et ses libertés et à l’armer contre le terrorisme de la collectivité en en faisant un être indépendant, ouvert et résolu ; qui pourra utiliser son libre arbitre avec raison, intuition et conscience.

Il en est de même quant aux lois écrites de la Cité qui sont secondaires face à la conscience morale. H. D. Thoreau et aujourd’hui bien d’autres nous rappellent, tel le philosophe moderne Michel Onfray, qu’il existe un droit de se rebeller ou de désobéir qui s’appuie sur un devoir de se comporter ainsi : « Le droit est toujours secondaire, car il procède d’une idée qui le précède et suppose un préalable d’humanité, d’égalité, d’équité, de moralité. Le droit ne peut pas nous obliger quand la morale nous retient. Ne préférons pas la légalité à la moralité, ne choisissons pas le droit immoral et injuste contre la morale qui le contredit. On parle de l’existence d’un droit naturel pour caractériser la loi non écrite, tacite, qui régit la relation entre deux êtres indépendamment de toute convention et de toute législation, de tout contact, dès lors que deux personnes entretiennent une relation, un rapport. Au contraire du droit positif qui résulte des lois écrites et des accords passés entre des parties prenantes, ce droit naturel s’appuie sur ce qui semble a priori humain et s’impose hors de tout texte dès lors qu’on a une personne en face de soi : respecter sa dignité, assurer son existence ou sa subsistance alimentaire, lui accorder la protection élémentaire de son corps et de sa santé, de son identité et de sa subjectivité, etc. Avant toute législation, et indépendamment d’elle, ces obligations éthiques priment. Si le droit positif contredit le droit naturel, nous pouvons légitimement envisager une désobéissance, une rébellion, un refus (dénoncer quelqu’un, moucharder, renseigner sur la façon dont une personne se comporte, contribuer à la ségrégation et la discrimination raciale appliquée par certains gouvernements, servir des plans disciplinaires ou telles autres pratiques que notre conscience estime indéfendables). » (Antimanuel philosophique)

Sur le site de Serge Carfantan Philosophie et Spiritualité, Question de la nature humaine, on peut lire : « Si l’homme naturel se trouve dans un état de nullité vis-à-vis des autres animaux de la nature, il a cependant une grande force. Il est perfectible. Il est capable de tirer parti de ce qu’il apprend, de l’améliorer et de le transmettre. L’homme naturel, poussé par des conditions de vie plus difficiles, saura tirer parti de la découverte de la métallurgie. Il va se fixer sur un sol et inventer l’agriculture. Dès que l’agriculture est née, c’est que la propriété est apparue et avec elle la division du travail, l’apparition d’une structure politique et la possibilité de la guerre pour sauvegarder ce qui a été si difficilement acquis. Marquons donc toute la distance entre l’homme naturel et l’homme social : L’homme originel s’évanouissant par degré, la société n’offre plus aux yeux du sage qu’un assemblage d’hommes artificiels et de passions factices ». Dans la société en effet, l’homme devient artifice. Le bourgeois n’est qu’artifice car il a perdu la spontanéité et la franchise de l’homme naturel. Il a appris à dissimuler, à être faux et inconsistant. La bonté naturelle, qui est présente en l’homme, est travestie sous un masque de prudence et de dissimulation. L’homme a appris en société à paraître. Parce qu’en société, chacun se juge dans l’opinion des autres, chacun veut se donner une image flatteuse de lui-même. Paraître devient plus important qu’être. L’homme social, se jugeant par rapport aux autres, fait naître l’envie, multiplie artificiellement le désir au-delà de la capacité de le satisfaire. L’analyse de Rousseau est critique : notre culture déguise nos mensonges, notre hypocrisie, elle masque l’absence d’authenticité de l’homme social. C’est pourquoi Rousseau peut dire que l’entrée dans la société aurait pu être une bénédiction si elle ne faisait pas souvent tomber l’homme en dessous du niveau dont il est parti. En d’autres termes, le passage de l’état de nature vers l’état social n’est un progrès que sous une condition : que la vertu de l’homme y soit conservée et qu’il n’y ait pas de dénaturation de l’être humain. (…) La difficulté qui consiste à éduquer un être humain vient du passage délicat qu’il faut traverser entre animalité et civilisation. Pour l’animal, tout est joué, il a déjà tout ce qui lui est nécessaire de par son instinct. Pour l’homme, il n’y a pas d’éducation sans un travail sur soi. L’homme a reçu de la nature une disposition pour l’usage de la raison. Il possède dans son corps l’incarnation de sa liberté. Mais il doit aussi affronter sa propre animalité, il est soumis à des « penchants animaux », comme le dit Kant dans le Traité de pédagogie. Nous vivons, nous mourrons, nous nous reproduisons comme l’animal. Nos inclinations naturelles pèsent parfois très lourd sur la balance de notre vie par rapport à notre vocation spirituelle. Civiliser veut dire polir notre nature et on civilise les penchants en les maîtrisant. La barbarie entendue dans ce sens – non ethnologique mais spirituel et moral – c’est le retour en nous d’une domination instinctive. »

La vie est un don de Dieu, où l’on ne vit pas seulement pour soi mais avec les autres : humains, animaux, environnement… Cela implique d’adopter un certain comportement à leur égard. Les exigences de ce comportement vont souvent à l’encontre de nos envies, et il peut être alors plus facile de critiquer la position des religions que de réfléchir à la justesse de nos actes. Outre de croire en Dieu, la véritable essence de l’être humain est la bonté. Il existe d’autres qualités provenant de l’éducation. Mais si l’on veut devenir un véritable être humain et donner un sens à son existence, il est essentiel d’avoir un cœur bon. Dans ses correspondances, Ludwig van Beethoven écrivait qu’il ne reconnaissait en aucun homme d’autre signe de supériorité que la bonté. L’académicien François Cheng partage cette position : « Que le vrai ou la vérité soit fondamental, cela nous paraît une évidence. Puisque l’univers vivant est là, il faut bien qu’il y ait une vérité pour que cette réalité, en sa totalité, puisse fonctionner. Quant au bien ou à la bonté, nous en comprenons aussi la nécessité. Pour que l’existence de cet univers vivant puisse perdurer, il faut bien qu’il y ait un minimum de bonté, sinon on risquerait de s’entre tuer jusqu’au dernier, et tout serait vain. (…) La bonté qui nourrit la beauté ne saurait être identifiée à quelques bons sentiments plus ou moins naïfs. Elle est l’exigence même, exigence de justice, de dignité, de générosité, de responsabilité, d’élévation vers la passion spirituelle. La vie humaine étant semée d’épreuves, rongée par le mal, la générosité exige des engagements de plus en plus profonds ; du coup elle approfondit sa propre nature et engendre des vertus variées telles que sympathie, empathie, solidarité, compassion, commisération, miséricorde. Toutes ces vertus impliquent un don de soi, et le don de soi a le don de nous rappeler encore une fois, que l’avènement de l’univers et de la vie est un immense don. Ce don qui tient sa promesse et qui ne trahit pas est en soi une éthique. » 

La bonté nourrit la beauté ! On pourra reconnaître le développement de cette qualité humaine en nous, quand nous seront désolés et prêts à verser des larmes devant la destruction délibérée de la beauté de notre biosphère par notre civilisation ultra-capitaliste, dépourvue justement de bonté. La Beauté est vitale ! La beauté n’est pas uniquement celle du corps physique. Le corps humain ne se délimite pas seulement à sa peau, et sa vie aux battements de son cœur. Il existe de nombreuses choses extérieures essentielles à sa survie. Que la peau de notre atmosphère terrestre (l’ozone) devienne malade, voire disparaisse, et à quoi servirait l’homme obnubilé par la couleur de sa peau ? Que le cœur de l’univers (le soleil) s’arrête de donner de la chaleur et de la lumière, et à quoi serviraient les battements du cœur de l’être humain ? Que les poumons de la terre (les forêts) arrêtent leur souffle et que pourrions-nous respirer ? Que les veines de notre planète (les rivières) s’assèchent, et qui pourra être alimenté, sanctifié ou baptisé ? Que deviendraient le corps humain et son principe de vie ? Le contraire de la bonté ne produit que de la laideur : La laideur des centrales atomiques, des usines d’armements et de produits chimiques, des architectures modernes des mégapoles, des magouilles politico-financières, des abattoirs et des fermes à mille-vaches, des champs cultivés à la Monsanto, du gaspillage des ressources par la surconsommation, des rivières électriques qui traversent la terre entière, des forêts d’antennes qui atrophient nos cerveaux, des continents en plastique qui flottent sur les mers, des millions d’humains sujets à la pauvreté, à la faim, à l’exclusion ou à la fuite, à la disparitions des espèces, etc. Cette laideur est un crime contre l’humanité et la Nature. Seules, la bonté et la beauté intérieures sont capables de changer le paradigme dangereux dans lequel nous nous sommes installés. Ces deux-là mènent à l’amour – énergie inépuisable et renouvelable à portée du cœur pour une belle vie.

Ce sont ces qualités humaines que l’on trouve chez les sages des grandes traditions, chez certains scientifiques, artistes, écrivains ou poètes, chez les bénévoles ou les bienfaiteurs des nombreux organismes caritatifs conçus pour aider l’humanité, le monde animal et le monde végétal, ou pour les sauver (de la nuisance humaine) et, ainsi, pour nous sauver nous-mêmes. Tel est le message amérindien qui enseigne comment se forger une âme forte, retrouver les voies secrètes de la nature et le chemin du cœur : « La bonté n’est pas une invention de l’homme. La nature exprimait déjà la bonté avant l’arrivée de l’homme sur terre. C’est la loi d’échange des grandes forces de l’univers. Le courant d’amour qui circule en toutes choses, et sans lequel l’univers s’effondrerait. Tournée seulement vers l’homme, la bonté exprime souvent l’égoïsme et le mal de vivre. Retrouvons le centre de toutes les choses qui nous entourent, écoutons-le vivre, battre au rythme mystérieux de l’univers, et nous retrouverons le chemin de notre propre cœur. La bonté est une source miraculeuse qui coule dans les veines de l’homme sage. Elle le rend fragile et transparent, capable de recevoir la lumière et de la renvoyer. Il est le miroir sensible, à la fois source et reflet. (…) La plupart des hommes craignent la bonté, comme les oiseaux de nuit craignent une trop grande lumière. Ils ont besoin de pénombre pour se travestir, porter des masques et se mentir à eux-mêmes. La bonté les dérange parce qu’elle leur semble si peu humaine, plus proche, de l’ange que de l’homme. Souviens-toi que la bonté n’est pas une faiblesse de l’âme, ni une pleurnicherie sur l’épaule de ton frère. Comprends la puissance de la bonté, son pouvoir infini. Quand elle paraît, la bonté arrache les masques et dénude les cœurs. Le guerrier qui porte l’arc de sagesse l’utilise comme une flèche de feu. » (Préceptes de vie de la sagesse amérindienne)

Nous sommes les joyaux d’une même parure. Chaque homme est un jour de fête pour le Créateur. Quel est donc cet Homme ? Voici la définition classique du mot “homme” dans le dictionnaire : « Mammifère primate, famille des hominidés, seul représentant de son espèce (homo sapiens). L’homme est un animal très proche des grands singes. Particularités : station verticale, différenciation fonctionnelle des mains et des pieds, masse plus importante du cerveau, langage articulé, intelligence développée, en particulier faculté d’abstraction et de généralisation. » Ces explications restent sans saveur, alors que, de façon naturelle, l’étymologie du mot “homme” nous parle de sa nature, de ses racines : humus, humulis – le terrestre, en latin ; ksam – la terre, en sanskrit ; khamai – à terre, en grec. Et homo – terrestre / sapiens – savoir ou saveur. En résumé : le terrestre au savoureux savoir. Définitions auxquelles s’ajoutent en français : humus, humilité, humble, humeur, humour, humain, humanité, humaniser et hommage. Le secret du mot “homme” est :

  • Être terrestre, vivant sur une terre d’humus, plein d’humour, de bonne humeur et d’humilité, dont le rôle est de rendre “hommage”. Voilà un sens qui redonne toute sa splendeur à l’homme et à son existence, et l’extrait des définitions conventionnelles et dénaturées, sans vie et sans raison d’être.

Dans son Antimanuel de philosophie, Michel Onfray nous interpelle : « Pourquoi le singe ne sera pas professeur de philosophie ? L’homme et le babouin se séparent radicalement dès qu’il s’agit des besoins spirituels, les seuls qui soient propres aux hommes et dont aucune trace même infime ne se trouve chez les animaux. Le singe et le philosophe se distinguent difficilement dans leurs besoins et leurs comportements naturels ; puis ils se séparent partiellement quand l’homme répond aux besoins par des artifices culturels ; en revanche, ils se distinguent radicalement par l’existence, chez les humains, d’une série d’activités spécifiquement intellectuelles. Le singe ignore les besoins de spiritualité : pas d’érotisme chez les guenons, pas de gastronomie chez les chimpanzés, pas de philosophie chez les orangs-outangs, de religion chez les gorilles, etc. » Les Textes sacrés de l’Inde mentionnent cette distinction entre les humains et les animaux : les besoins de spiritualité, de recherche existentielle, de discours philosophiques, de comprendre le monde, de trouver des réponses. Ils disent aussi que la forme humaine est un cadeau sans pareil, un tremplin pour atteindre la perfection spirituelle. Ne gâchons pas notre incarnation et le temps qui lui est alloué dans des plaisirs qui sont facilement obtenus dans les formes animales. « L’homme est le seul être qui peut reconnaître l’eau bénite de l’eau ordinaire. » constatait un des Pères du désert. C’est avec joie et gratitude que nous devons accueillir notre vie humaine. Bien que limitée dans le temps et l’espace, elle nous (les âmes) permet de nous retrouver, de nous réaliser, de goûter au plus grand bonheur, d’accéder à l’amour divin et éternel. La forme humaine n’est point faite de bois courbe dont il est impossible de tailler un bâton droit selon certaines idées philosophiques et religieuses. Elle n’est pas marquée par le mal radical, l’impureté, le péché (originel) et la culpabilité éternelle ; de telles pensées ou idées, incarnées au plus profond de la chair, ne peuvent qu’empoisonner la conscience humaine et engendrer des pulsions de haine, de violence, de mort et autres effets dévastateurs. Cette mauvaise conscience de soi tue les potentialités humaines dans l’œuf. La forme humaine est l’instrument idéal (un instrument de construction, pas un outil de destruction) pour épanouir notre conscience, trouver notre identité réelle, établir de bons rapports avec les autres, le monde et son Créateur. Mais,  faire attention à la dichotomie inhérente qui la constitue. Michel Onfray nous dit encore : « Dans le jugement moral, dans la fabrication des vertus, dans l’exercice du bien et du juste, dans la connaissance du mal et du vice, la conscience opère à la manière d’un instrument qui sépare le bon grain et l’ivraie (les mauvaises herbes). Libérez votre conscience de la négativité, réservez son usage à la construction d’une éthique positive de réalisation de soi. » Dans l’immanence ou la transcendance, le parcours est similaire ; la fin diffère.

Je citerai en premier deux vertus qui me semblent impératives pour l’homme, pour le bon fonctionnement de la société humaine et le rétablissement de l’alliance cosmique : la véracité et la non-violence. Quand elles sont bien comprises et bien interprétées, elles facilitent la venue des autres vertus telles la miséricorde, la pureté, la clémence, l’humilité, la compassion, la douceur, la générosité, l’indulgence, la maîtrise de soi, la prudence, le contentement, l’équanimité, la charité, l’austérité, la justice, etc.

La véracité ou la vérité consiste à présenter, pour le bénéfice de tous, les faits tels qu’ils sont. Les conventions sociales conseillent de ne dire la vérité que lorsqu’elle est plaisante. Quel genre de véracité est-ce là ? Les faits ne devraient pas être déformés. La vérité doit être exposée directement, franchement, pour que chacun voie les choses dans leur juste relief. Dire la vérité, c’est prévenir les gens qu’untel est un voleur s’il en est un, fût-ce une vérité déplaisante. La véracité exige que les faits soient présentés tels quels, pour le bénéfice de tous. Grignotée par l’hypocrisie, on en fait un tissu de mensonges pour le bénéfice de quelques-uns. Aujourd’hui, la majorité des médias représentent ce qui est opposé à la véracité ; ils sont devenus l’arme de l’hypocrisie. Le calendrier védique, encore utilisé actuellement en Inde, montre que nous sommes entrés depuis cinq mille ans dans un des cycles du temps circulaire appelé le Kali-yuga ou l’âge de la discorde et de l’hypocrisie. Un des premiers symptômes de cet âge consiste en la propension des individus à dissimuler leur véritable personnalité et à se parer de sentiments, d’opinions et de vertus qu’ils n’ont pas. Au regard de nos attitudes journalières, nous pouvons facilement en conclure que nous sommes entrés dans cette ère. La plupart de nos relations et de nos échanges au quotidien dénotent une certaine part d’hypocrisie ; avec nos collègues de travail, notre patron, l’agent de police, un employé de l’administration, nos parents ou beaux-parents. Combien de fois, à la place d’un faux sourire et de paroles mesurées, nous aimerions exprimer notre pensée réelle ? Mais pouvons-nous toujours dire la vérité, crue, telle quelle, quelles que soient les circonstances ? A nos collègues, qu’ils sont médiocres ; à notre patron, qu’il est un radin fini ; à l’agent de police, qu’il est un bouffon ; à notre belle-mère, qu’elle est une peau de vache, grosse et laide ? Nous passerions pour un individu sans tact, un grossier personnage, ignorant la politesse, le savoir-vivre. Bouche cousue, nous ne dirons rien car, au moins, nous ne mentirons pas ni ne subirons nous-mêmes les critiques des autres si nous-mêmes ne vivons pas dans la transparence et dans l’éthique.

Néanmoins, nous ne pouvons être fanatique de la vérité coûte que coûte telles certains religions le demandent à leurs fidèles ou autres serments à leurs protagonistes. En effet, la vérité peut être parfois pire que le mensonge : s’il s’agit par exemple de dénoncer quelqu’un sous un régime totalitaire, nazi, despote ou policier, etc. Nous devons la vérité à qui se doit, à qui est capable de l’entendre, en temps, lieu et circonstances – en notre âme et conscience. D’où la nécessité de distinguer le mensonge qui nuit aux autres, du mensonge pieux qui épargne de la douleur à autrui : « Le mensonge est lisible positivement ou négativement au regard des vertus ou des vices qu’il sert. » (M. Onfray)

Le sociologue T.W. Adorno nous dit : « L’immoralité du mensonge ne tient pas à ce qu’on porte atteinte à la sacro-sainte vérité. Une société comme la nôtre est bien mal placée pour se réclamer de la vérité, puisque aussi bien elle ne pousse ses membres obligés à dire ce qu’ils ont à dire que pour les prendre au piège. Et pourtant, il y a dans le mensonge quelque chose d’odieux ; l’erreur, c’est la franchise excessive. Le mensonge qui pouvait autrefois apporter un certain libéralisme dans la communication, est devenu maintenant l’une des techniques de l’impudence, qu’utilise chaque individu pour répandre autour de lui la froideur dont il a besoin pour prospérer. » Par exemple, nous ne voyons malheureusement jamais quelqu’un voulant faire carrière dans la politique, sacrifiant sa vie à la vérité. Ce que nous voyons, ce sont des politiciens qui tiennent des discours alléchants promettant monts et merveilles avant d’être élus, mais qui ne tiennent jamais leurs engagements en fait irréalisables. Pour cela, Hannah Arendt dit : « La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. » Nos industriels, nos scientifiques, nos banquiers n’ont de cesse de nous assurer qu’ils travaillent pour notre mieux-être. Les publicités assènent leurs mensonges sur un air de vérité. Les règles établies dans le sport sont bafouées par le dopage et les paris. La société nous force à mentir, à tricher, et même parfois à nous corrompre seulement pour que nous puissions survivre, garder notre entreprise, nous distinguer, obtenir un diplôme, un laisser-passer, un contrat, des étoiles, ou le salut. Nous fermons les yeux sur ces mensonges, tous les moyens sont bons pour réussir. Ne sommes-nous point affectés nous-mêmes par cette maladie – l’hypocrisie, le mensonge ? L’éthique nous invite à sortir de la sophistication entretenue par notre société : la sophistique est du mensonge et les sophistes étaient les ennemis de la vérité, de la morale et des considérations des vertus et des vices. Selon eux, l’essentiel réside dans la forme non dans le fond (dans l’emballage pas dans le contenu). Est vrai ce qui parvient à ses fins et produit ses effets. « La fin justifie les moyens », dirait Machiavel !

La militante Simone Weil mentionne que « le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre », puis elle ajoute : « Tout le monde sait que, lorsque le journalisme se confond avec l’organisation du mensonge, il constitue un crime. Mais on croit que c’est un crime impunissable. Qu’est-ce qui peut bien empêcher de punir une activité une fois qu’elle a été reconnue comme criminelle ? D’où peut bien venir cette étrange conception de crimes non punissables ? C’est une des plus monstrueuses déformations de l’esprit juridique. » Non seulement dans le journalisme, mais aussi dans la politique, dans la médecine, dans les finances, et malheureusement etcetera.

Notre attitude face à la vie doit être couronnée de sincérité. Pour reprendre Platon : « Celle-là est la disposition naturelle : ne point admettre volontairement le mensonge, mais le haïr et chérir la vérité. (…) Celui qui aime la sagesse doit, dès sa jeunesse, aspirer aussi vivement dès que possible à saisir toute vérité. » Avec l’amour de la vérité, viennent la tempérance, le détachement vis à vis des valeurs relatives que sont l’avidité de la richesse et des désirs, l’impartialité et l’éveil du sage amour par la sagesse. Ainsi s’élève la grandeur d’âme !

Les Textes védiques, pourvus d’une vision plus globale et intégrale, séparent la vérité relative de la Vérité absolue. En vérité, nous sommes des êtres éternels et le mensonge opéré par l’énergie illusoire de la maya (nous sommes matière)est à combattre. C’est se battre pour la Vérité réelle et immuable, toute autre vérité ou vertu étant relative, sujette au changement. Il est bon pour l’homme de s’élever aux réalités divines et immortelles.

La non-violence consiste à ne rien faire ou dire qui puisse plonger autrui dans la douleur ou la confusion. Il est également difficile de faire un principe absolu de cette vertu. Nous pouvons nous retrouver dans le dilemme où l’agresseur est déterminé à nuire. La défense contre un adversaire se justifie moralement lorsqu’elle arrête un processus qui menace d’être destructif et catastrophique. Le livre sacré, la Bhagavad-gita, fut énoncé sur un champ de bataille. À ce point, la culture est d’une aide considérable et impérative dans les relations aux autres : elle donne les moyens de s’exprimer, de maîtriser les mots, d’être courtois, poli, diplomate dirait-on, de connaître la culture de l’antagoniste, et ainsi de pouvoir contenir la violence, empêcher qu’elle se manifeste extérieurement, de passer à l’acte, et la résorber intérieurement. N’en appelle-t-on pas à des médiateurs pour faciliter les échanges entre partis, voire nations opposées, et résoudre leurs problèmes ? La culture peut contenir nos pulsions animales, mais elle ne suffit pas si elle se limite aux relations humaines (luttes entre riches et pauvres, entre blancs et noirs, entre les clans, entre les bandes, entre les religions, entre les partis politiques, les clubs sportifs, etc.). Ces divisions ne feront que diviser toujours et encore.

Si les programmes proposés par les hommes politiques, sociologues, philanthropes et autres n’aboutissent qu’à de piteux résultats, c’est que leurs auteurs n’ont pas la vision spirituelle et méconnaissent le vrai bien de l’humanité. À une échelle supérieure, appliquer cette vertu veut dire éduquer les gens de sorte qu’ils puissent utiliser pleinement leur corps humain et en tirer le meilleur parti. Le corps étant essentiellement destiné à la réalisation spirituelle, tout programme qui l’en éloigne lui fait violence. La non-violence est la voie qui engendre le bonheur spirituel des hommes et, par la même occasion, le respect des autres : humains, animaux, végétaux, élémentaux, minéraux. Je cite de nouveau les Amérindiens qui nous disent : « La bonté désarme l’homme violent, l’immobilise dans sa lumière, touche son cœur et le fait redevenir un enfant. » (Proverbe amérindien). Et au Mahatma Gandhi d’ajouter : « Ahimsa (la non-violence) signifie amour infini, ce qui veut dire, à son tour, une capacité de souffrance infinie. Qui d’autre que la femme, la mère de l’homme, témoigne davantage de cette capacité ? »

Comme je l’ai mentionné avant, la plupart des gens sont attachés aux intoxicants, à l’alcool, aux jeux de hasard (tombola, casino, sports frivoles), au sexe et à la consommation de chair animale. Les Védas tracent deux lignes de conduite : l’une pour ceux qui recherchent la jouissance matérielle et l’autre pour ceux qui cherchent à s’affranchir du joug de la matière. Ils invitent les premiers à accomplir des actes de manière à s’approcher graduellement du sentier de la libération. Gandhi, dans sa vision d’une société non-violente et autosuffisante, suivait les directives védiques, à savoir que ce type de société doit veiller à l’élévation et la croissance de tous les citoyens sur le plan social et spirituel. Sa foi et son engagement non-violent chassèrent les colons anglais hors de l’Inde. Les recommandations des Védas ont été transmises depuis les temps anciens pour améliorer les conditions physiques, psychiques et sociales de la vie, et jouir de l’existence sans enfreindre les lois de la nature, sans mettre en péril l’équilibre naturel du monde. Ces œuvres sont divisées en trois (trivarga-dharma) : la piété (dharma), le développement économique (artha) et la recherche du plaisir (kama). C’est-à-dire qu’il faut d’abord se montrer vertueux, en respectant divers principes et règles pour garantir l’équilibre de la société et de l’individu, puis gagner de l’argent destiné à assurer les besoins de sa famille et de son pays, et combler la satisfaction des sens tout en les régulant. Si les lois naturelles – auxquelles sont soumis ces trois objectifs de la vie sensuelle – sont bousculées, alors apparaissent des conflits, des injustices et des querelles. L’équilibre rompu, il ne peut être question de succès ni dans la vertu ni dans l’essor économique ou / ni dans la recherche du plaisir. C’est le risque auquel se soumettent les sociétés actuelles. Les Indiens d’Amérique avaient déjà compris ce principe : « N’utilisons pas notre corps comme un instrument du plaisir, sinon donnons à ce plaisir les ailes de l’esprit ! L’avidité est un effort destructeur de l’être. Vouloir posséder immédiatement, sans attendre, est la preuve d’un profond désarroi, un réflexe de grand désespoir. Freinons nos besoins, évitons toute précipitation, apprenons à respirer calmement dans chacun de nos actes si nous souhaitons être heureux. »

La culture spirituelle est impérative. Elle nous aide à réaliser notre unité, notre identité transcendante au-delà des divisions matérielles sujettes aux discordes, et notre nature aimante, consciente, empathique, paisible et éternelle au-delà de la violence accoucheuse d’Histoire (féodalisme, fascisme, nazisme, stalinisme, impérialisme, etc.).

L’humilité et la ‘pauvreté’ – Psychanalytiquement parlant, l’orgueil n’est pas un élan affectif originel, mais une formation réactionnelle à de graves sentiments d’infériorité. Une parole bouddhiste résume bien la vertu de l’humble : « L’humilité ne consiste pas à se considérer comme inférieur mais à être affranchi de l’importance de soi. C’est un état de simplicité naturelle qui est en harmonie avec notre véritable nature et permet de goûter la fraîcheur de l’instant présent. L’humilité est une manière d’être, non de paraître. » Sainte Thérèse d’Avila recommande : « Tant que nous vivons sur la terre, il n’y a rien de plus nécessaire pour nous que l’humilité. Il est excellent de s’appliquer à entrer dans la demeure où l’on s’occupe de cette vertu avant de prendre son vol vers le chemin intérieur qui conduit à la communion de notre âme. » Un de mes maîtres disait : « Si l’on réalise sa véritable nature de serviteur éternel de Dieu, l’humilité devient synonyme de témérité : sans peur ni reproche. »

Jésus, dans le sermon sur la montagne, promet le bonheur éternel à ceux qui vivent selon les principes d’humilité et de patience : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils posséderont la terre. Heureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. » Aux yeux de Jésus, est riche non pas celui qui possède beaucoup – et qui en fait est pauvre intérieurement –, mais celui qui se sent obligé de posséder beaucoup pour calmer son angoisse de ne pas être assez bon, assez capable, assez respecté, assez parfait, assez fort pour mener une existence tranquille et rassérénée. Quant au pauvre dans l’âme, il est riche intérieurement et n’a que faire des artifices extérieurs, tout comme une femme n’a pas besoin de prouver sa beauté à coup de cosmétiques, de bijoux ou de vêtements. Un des points essentiels de la pauvreté, selon Jésus, c’est de conduire l’homme à découvrir que la seule sécurité de la vie réside dans la confiance en Dieu plutôt que dans l’absurdité qu’il y a à se faire moralement valoir devant Lui. « Avec leur savoir indispensable en matière de mystères divins et de manifestations de l’économie du salut, les professeurs de théologie, les clercs, sont en permanence en mesure d’inspirer crainte et dépendance à leurs étudiants et contemporains, en tant que prêtres disposant de la vraie doctrine de l’Église, qu’ils n’ont plus qu’à transmettre, possédant une toute-puissance sacramentelle secrète qui n’appartient qu’à eux, propriétaires du Christ et de sa mission, pouvant juger de ce qui est vice ou vertu, péché et mérite, piété ou impiété, jouissant du pouvoir de remettre ou non les péchés. » jésus prévient ici les représentants des religions – les élus, les inspirés de Dieu, entourés d’admiration et de respect, adulés pour leur place ou leur fonction au sein de la communauté – de ne pas accepter ses bienfaits matériels pour enrichir leur surmoi ou leur faux ego. S’ils n’existent effectivement que de par leurs fonctions, ils ne pourront connaître véritablement la ‘pauvreté’ qui libère l’être.

La prudence – On dit qu’elle est la mère de toutes les vertus. Il y a un équilibre à adopter entre la recherche unique d’une vie agréable et la culpabilité à la moindre jouissance, être prêt à tout pour se faire plaisir et être plein de scrupules et refuser tout plaisir. Il faut trouver la voie du juste milieu. À ce sujet, Épicure dit : « Il n’est pas possible de vivre avec plaisir sans vivre avec prudence, et il n’est pas possible de vivre de façon bonne et juste sans vivre avec plaisir. Qui ne dispose pas des moyens de vivre de façon prudente, ainsi que de façon bonne et juste, celui-là ne peut pas vivre avec plaisir. » Épictète continue : « Quand une idée de plaisir se présente à ton esprit, garde-toi, comme pour les autres idées, de te laisser par elle emporter. Diffère d’agir et obtiens de toi quelque délai. Compare ensuite les deux moments : celui où tu jouiras du plaisir et celui où, ayant joui, tu te repentiras et tu te blâmeras. » « Laprudence est la plus moderne de nos vertus, écrit Comte-Sponville, celle de nos vertus que la modernité rend la plus nécessaire. » En effet, l’écologie, les médecines douces, l’agriculture biologique, le végétarisme, la non-violence, relèvent de la prudence pour préserver la planète et sa biosphère, ainsi que l’avenir de l’humanité contre la puissance des techniques modernes dans des mains incertaines ou avides.

La tempérance – La Bhagavad-gita donne une idée juste de la tempérance : « Nul ne peut devenir un spiritualiste ou quelqu’un d’accompli s’il mange trop ou trop peu, mais également s’il dort trop ou trop peu. Qui garde la mesure dans l’alimentation et le sommeil, dans le travail et la détente, peut, par la pratique du yoga (science de la vie et de la santé), apaiser les souffrances et résoudre les carences de l’existence matérielle. » La prudence pousse à la modération. Il est plus sage de découvrir l’infinité de l’être et de ses plaisirs qui ne dépendent pas uniquement du monde extérieur. Le bien et le bonheur peuvent se réaliser à moindre frais, en toute sérénité, sobriété et simplicité. Notre soif de bonheur sera comblée lorsqu’on aura découvert l’harmonie entre les nécessités terrestres et spirituelles. Retrouver l’essentiel, une sobriété, une harmonie, une modération, le partage de vrais moments de bonheur avec nos prochains sans compromettre le futur, tel est le rôle de la tempérance. L’intempérant devient esclave de ses sens et transporte partout avec lui son maître : le mental. Prisonnier de son corps, de ses désirs sans fin, il reste insatisfait, il ne connaît pas la paix et le repos intérieurs. Dès lors, comment peut-il goûter au véritable bonheur ? La morale de l’immoralité se résume à vouloir faire ce que l’on veut sans restriction, à n’avoir de compte à rendre à personne, à penser que la morale existe pour les faibles et les frustrés, que la loi du plus fort est la meilleure et la vie des forts est dans la démesure, l’orgie, la volupté et non dans la tempérance, la restriction, la suppression des désirs. La morale de la satisfaction sans limite des désirs refuse la réalité. En n’écoutant que nos appétits avides, notre ivresse du désir, nous nions les autres et rejetons l’intérêt de tous, et même le nôtre, car nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. Notre humanité a besoin de certains plaisirs. Il y a des plaisirs légitimes et d’autres illégitimes, des plaisirs naturels, ou utiles, et d’autres artificiels ou nuisibles, vains et condamnables. Les excès rendent malade et pervers. Trouver la juste mesure en toute chose est un ingrédient essentiel de la sagesse. En outre, il est dans la grandeur de l’homme de pouvoir désirer au-delà de ce que peut nous offrir la nature.

Dans ce monde où la quantité est reine, la tempérance choisit la qualité. Où le paraître est roi, la tempérance préfère le naturellement soi. Où la consommation est l’énergie, la tempérance aime le contentement. Au superficiel, elle prône l’essentiel. À l’affairisme, la nécessité ou une vie simple et de hautes pensées. La tempérance est un cri de l’âme sur les impulsions irraisonnées de nos affects et de nos appétits. Les souffrances de nos sociétés viennent plus de leurs intempérances que des souffrances causées par la nature ou l’ascétisme. Dans Phédon, Socrate s’exprime ainsi sur la tempérance : « Le corps ne nous mène jamais à la sagesse. Qui fait naître les guerres, les divisions, les combats ? Ce n’est que le corps avec toutes ses passions. En effet, toutes les guerres ne viennent que du désir d’amasser des richesses, et nous sommes forcés d’en amasser à cause du corps pour servir, comme des esclaves, à ses besoins. (…) La tempérance, dont le grand nombre ne connaît que le nom, cette vertu qui consiste à ne pas être esclave de ses désirs mais à se mettre au-dessus d’eux et à vivre avec modération. (…) Chaque peine, chaque plaisir a, pour ainsi dire, un clou avec lequel il attache l’âme au corps, la rend semblable et lui fait croire que rien n’est vrai que ce que le corps lui dit. (…) Il faut tout faire pour acquérir de la vertu et de la sagesse pendant cette vie, car le prix du combat est beau, et l’espérance est grande. »

La justice – « L’amour de la justice n’est en la plupart des hommes que la crainte de souffrir l’injustice. » nous souffle La Rochefoucauld. En philosophie, la justice est appelée à régir la vie en société en équité et principe moral prescrivant à l’individu le respect d’autrui. Chez Platon, sont issus du monde des Idées éternelles « les critères (idéaux) selon lesquels tous les objets et toutes les actions doivent être jugés ». Pour les anciens, la justice constitue le sommet de toutes les vertus, car sans elle, aucune vertu ne vaut : quelle valeur d’éprouver de la compassion pour la misère humaine si nous participons nous-mêmes à celle-là ? Ou d’aimer les animaux si nous les mangeons ? D’être courageux si nous sommes tyrans ? Un homme qui a découvert la vérité, un homme bon et vertueux, ne peut être injuste ; il sait que faire preuve d’injustice, souille son âme, ainsi vaut-il mieux subir l’injustice que de la commettre.

La vertu réside dans la relation harmonieuse entre les facultés de notre âme et être une personne juste qui juge et agit selon l’équité. Les êtres ne naissant pas égaux, comment agir si c’est l’égalité qui est signe de justice ? Matériellement parlant, il semble qu’il y ait des inégalités ou des injustices, une forte disparité des richesses entre les individus et les sociétés, etc. La justice du monde nous dit qu’on récolte ce que l’on sème. En réalité, la véritable justice, c’est que tous les hommes sont égaux devant Dieu et son amour pour eux : tous les hommes ont le droit et l’accès à la transcendance, à la connaissance véritable et au salut. Même si la richesse donne une puissance particulière, cela ne veut pas dire pour autant qu’elle donne des droits particuliers. « Ce n’est pas la richesse qui fait la vertu, dit Socrate, mais la vertu qui fait la richesse. » Dans la loi de la cause et de l’effet – le karma, véritable justice immanente et omniprésente –, si la richesse ou le pouvoir est mal appliqué, les résultats des injustices commises seront récoltés dans la vie suivante, voire dans celle-ci. On peut bafouer les « Droits de l’Homme », échapper à la justice des hommes, mais pas à celle que le Créateur a établie : la loi universelle. Devant la mort, les hommes sont tous égaux !

De grandes âmes tels Jésus, Socrate ont, eux, subi l’injustice morale des hommes. Ils ont préféré s’en remettre à la justice divine, à Dieu comme seule véritable instance de jugement. L’injustice est considérée comme le pire des crimes.

La justice sociale consiste en l’harmonie entre les classes de la société. Pour bien l’appliquer, il est impératif de reconnaître la nature transcendantale des individus afin d’éviter le système de castes rigides, le sexisme ou l’anthropocentrisme. Être égaux sans faux ego ! L’état idéal d’un esprit sain dans un corps sain implique que l’intellect contrôle les désirs et les passions, comme l’État idéal implique que les individus les plus sages gouvernent les masses en quête de jouissance. Vérité, beauté et justice sont contenues dans l’idée du Bien de Platon. « La justice, dit Saint Ambroise, est la vertu qui rend à chacun son dû ». Et Jésus de souligner : « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu ». Si l’on aime notre prochain, justice sera faite en toute équité – ce sentiment de justice naturel et spontanée, fondée sur la reconnaissance des droits de chacun, sans qu’elle soit nécessairement inspirée par les lois ou les pratiques en vigueur ; l’équité considère plus l’esprit de la loi que sa lettre. Anatole France en donne un exemple : « je ne connais ni juifs ni chrétiens. Je ne connais que des hommes, et je ne fais de distinction entre eux que de ceux qui sont justes et de ceux qui sont injustes… Quand les lois seront justes, les hommes seront justes. »

Le droit doit obéir à la morale, et doit garantir la sécurité et la liberté des individus ayant accepté de s’y soumettre. Si tous les citoyens sont égaux devant la loi, à l’exemple de Jésus qui, par amour et compassion, sauva la femme adultère de la lapidation, ne la condamnant point, lui pardonnant et lui demandant de ne plus pécher, la loi se doit d’être dépassée par l’amour du prochain.

Le Droit français (art. 21) reconnaît légalement et juridiquement la possibilité d’un droit de refus et d’insurrection : « (Si) le gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la Constitution, la résistance sous toutes ses formes est le plus sacré de tous les droits et le plus impérieux des devoirs. » L’équité est à la justice ce que l’éthique est à la morale, mais l’équité et l’éthique n’ont pas les mêmes lourdeurs que la morale et la justice. Les premières sont innées à l’être profond, à l’âme : elles encouragent l’individu à poser les gestes qui conduisent au bonheur en son âme et conscience. Les secondes tiennent l’individu responsable de son malheur et le sanctionne pour n’avoir pas utilisé son bon discernement et respecté la place d’autrui dans la société, dans le désir de vivre ensemble en paix. Selon Paul Ricœur, l’éthique serait orienté serait orienté par la visée de ce qui est désirable, et la morale serait caractérisée par le respect des obligations. 

La compassion regroupe d’un côté la sympathie et la pitié, et d’un autre côté la bonté, la charité et la miséricorde. Dans le premier regroupement, celui qui a de la sympathie ou de la pitié n’est pas nécessairement compatissant et vertueux. C’est plutôt un sentiment né du corps qui peut être dirigé aussi bien vers le bien que le mal. Par contre, la bonté, la charité et la miséricorde expriment plus un élan d’amour gratuit de l’âme envers son prochain. « La compassion, écrit Comte-Sponville, est le contraire de la cruauté qui se réjouit de la souffrance d’autrui, et de l’égoïsme qui ne s’en soucie pas. »

La compassion sympathise universellement avec tout ce qui souffre : tant les êtres humains que les animaux, voire même les végétaux et la nature en général. Elle se traduit par la volonté de libérer tous les êtres de la souffrance et de ses causes, et le souhait que tous les êtres connaissent le bonheur sans distinction aucune, amis comme ennemis. Les Védas stipulent que tuer les animaux enlève la compassion. Les souffrances infligées par les humains envers les animaux sont inhumaines. Humanité et compassion ont la même essence : la répugnance innée de voir autrui souffrir. L’indifférence, voire l’exploitation de la souffrance des autres, conduit l’humain vers une sorte de monstre raffiné à deux pattes.

Pour les écoles spirituelles d’Orient, la compassion est la plus grande des vertus, à l’image du Bouddha et autres avatars. Celle du Christ envers ses bourreaux reste gravée dans nos mémoires d’Occidentaux : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Toutes compatissent de la souffrance du genre humain et de la répercussion en chaîne qui s’opère, due à sa frustration. La compassion des sages s’adresse en premier lieu aux âmes qui souffrent dans le monde illusoire, soient-elles dans un corps humain, animal ou végétal. Bien qu’ils connaissent la nature du corps et de l’âme, et ne se lamentent jamais sur l’enveloppe corporelle, morte ou vivante, ils éprouvent néanmoins de la compassion et du respect pour toutes les espèces vivantes.

Puisque j’ai inclus la charité dans l’esprit de compassion, il serait bon de distinguer les influences des forces de la nature sur celle-ci. La Bhagavad-gita déclare : « La charité que dicte le devoir, faite sans rien attendre en retour, en de justes conditions de temps et de lieu et à qui en est digne, cette charité, on la dit s’accomplir sous le signe de la vertu. Mais la charité qu’inspire l’espoir de la récompense, ou faite à contrecœur, celle-là est dite appartenir à la passion. Enfin, la charité qui n’est faite ni en temps ni en lieu convenables, ni à des gens qui en sont dignes, ou qui s’exerce de façon irrespectueuse et méprisante, on la dit relever de l’ignorance. » Obtenir le plus précieux des biens – l’amour de Dieu et de son prochain – c’est le but qui nous conduit à accomplir sacrifices, austérités, actes charitables et toutes vertus.

Le courage est la force de l’âme, indépendant de la force physique. « La force, dit Gandhi, ne vient pas des capacités physiques, elle vient d’une volonté invincible. » Nombre de personnes ont accompli des prodiges dans leur vie sans dépendre des forces extérieures. Il est l’opposé de la paresse, de la faiblesse, de la dépendance, mais n’est pas non plus la témérité aveugle. Dans l’antiquité, le courage était évalué par le dépassement des peurs, la capacité à affronter les dangers, supporter les souffrances. Ces dernières décennies, sa connotation a changé : le caractère courageux est plus reconnu chez des personnes qui restent équilibrées physiquement et psychologiquement face à des circonstances malheureuses, à des épreuves difficiles, que chez des militaires accomplissant des actions risquées et dangereuses. Marc Aurèle nous rappelle que : « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »

Il faut aujourd’hui beaucoup de courage pour suivre les vertus, suivre une éthique de vie conduisant vers le meilleur. Être non-violent dans la violence quotidienne, authentique dans le mensonge omniprésent, juste dans cette injustice, droit dans l’hypocrisie consternante, même seulement modéré dans cette consommation à outrance, maintenir des vœux dans ce zapping continuel, humble quand la loi du plus fort est la meilleure. Tout cela au risque d’être frappé d’ostracisme, critiqué, défié, pris pour un extra-terrestre ou un illuminé, classé comme adhérent potentiel d’une secte. C’est le symptôme de Sodome et Gomorrhe. Toutes les vertus se tiennent et tiennent du courage. Rousseau disait si bien : « Il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat. » Il faut persévérer avec un courage inébranlable pour déclarer son droit à l’éveil. Arnaud Desjardins souligne pour cela : « Ayez le courage de vous lancer dans l’existence, de prendre des risques, de recevoir des coups, en sachant à l’avance que vous allez être exposé au jeu des contraires : réussi – raté, heureux – malheureux, louange – blâme. »

La gratitude – Nous sommes nés sans rien. Nos parents nous ont élevés, nos voisins nous ont protégés, les sages nous ont transmis la connaissance, les maîtres nous ont formés, l’histoire nous a inclus, les corps de métier nous ont soutenus, nos amis nous ont écoutés, notre famille nous a chéris, la terre nous a nourris, le soleil nous a donné sa chaleur et sa lumière, l’air son souffle vital, l’eau son humidité indispensable, les fleurs leur gaieté, les plantes leurs bons soins, les arbres leur service inconditionnel, la lune nous a offert ses rayons bienfaisants, les oiseaux leur chant harmonieux, les rivières leur eau rafraîchissante, les mers leurs vagues tumultueuses, les montagnes leur paix. Il semble que nous soyons redevables envers tous ces bienfaiteurs. Montrons-leur notre gratitude. Daniel Defoe résume avec sagesse : « Tout nos tourments sur ce qui nous manque me semblent procéder du défaut de gratitude pour ce que nous avons. » Cette vertu peut résoudre nos discordes intérieures et extérieures, et notre égocentrisme. « Les énergies, les forces, les esprits sont là, enroulés dans les choses, attendant que l’esprit qui est dans l’homme les reconnaisse et leur souhaite la bienvenue », nous disait le sage amérindien Navarro.

La générosité, le partage

La générosité n’est pas une vertu comme les autres, elle est « l’ornement des vertus » disait Aristote, mais encore « la clef de toutes les autres vertus et un remède général contre les dérèglements des passions », ajouta Descartes. Quant à Nietzsche, il la nommait « idéal aristocratique » car elle s’exerçait par les biens-nés qui donnaient grâce à une prodigalité naturelle et gratuite. Elle ne fait pas partie des vertus cardinales, mais une qualité de la noblesse humaine qui peut survenir naturellement aussi bien aux bons qu’aux méchants. « La générosité peut être vertu en tous parce que le meilleur remplace le grand, que la conscience de l’infirmité de notre nature nous rend humble, et que l’universalité de la bonne volonté minimise toute différence entre les hommes. » (Descartes)

« La générosité, c’est la non avidité mise en œuvre ; c’est l’empressement à donner, à partager, à lâcher prise. Nous avons envie de donner parce que nous ressentons de l’amour, et dans l’acte de donner, le sentiment d’amour s’accroît encore davantage. » (Joseph Goldstein, Sagesse bouddhiste).

Il y a deux sortes de générosité : celle du cœur et celle de la raison. Il ne suffit pas de donner pour être généreux. La générosité du cœur est sans calcul, sans rien attendre en retour, même de la gratitude. J’aime l’exemple de l’arbre pour sa générosité : il offre ses fleurs et ses fruits à tout un chacun, son ombre l’été et son bois l’hiver ; il parfume même la hache qui l’abat. Combien celle du Créateur céleste qui, par générosité, nous a fait don de cette planète Terre et de ce corps humain avec tout ce qu’il faut pour être heureux. Il nous a fait don de Ses instructions, de Ses prophètes et de Sa personne quand Il descend en cet univers pour répandre Son amour et nous libérer de l’ignorance.

L’harmonie, l’équilibre, la modération

La source de nos malaises ou de notre mal-être est dans le déséquilibre, la disharmonie entre ce que nous paraissons être et ce que nous sommes réellement. Le mal n’est pas dans le plaisir, mais dans sa dépendance et son attachement, ni dans le fruit de désirer, qui est signe de vie, mais dans une mauvaise orientation de ce désir. On ne peut demander à des réalités transitoires d’être la réalité et de demeurer immuables. On ne peut demander l’infini à des êtres finis ni l’absolu à des êtres relatifs. Il y n’a pas en l’homme un désir qui ne cherche à être comblé. Dieu est la seule réalité qui satisfasse le désir de l’homme, mais paradoxalement sans jamais le combler, car Il est pareil à une eau délicieuse qui donne encore soif.

Le plaisir est fugace : on aimerait le voir durer, et vouloir faire durer ce qui est temporaire est cause de douleur. L’attachement au plaisir entraîne la douleur. Il faut savoir accueillir le plaisir quand il vient couronner la justesse d’un acte, mais ne pas se lamenter quand il s’évanouit, ne pas essayer de le retenir, ne pas s’y attacher. La recherche du plaisir matériel, illusoire et temporaire par nature, nous fait dévier du but de la forme humaine. Pour s’en préserver, la maîtrise des sens est importante. Les sens engendrent le plaisir, et celui-ci aliène l’homme, en fait un esclave. Apprenons la modération, ne nous laissons pas emporter par la démesure et la débauche qui nous ôtent notre humanité. Ainsi le Yoga-sutra stipule qu’être dans la modération donne une bonne énergie de vie. Quand un être n’est plus maître de ses sens et des plaisirs qui le nourrissent, alors il est dominé par eux, ce qui engendre folie et désordre : l’animal devient maître de celui qu’il devait servir. Toute chose en ce monde créée par Dieu est bonne, il reste à l’homme de savoir s’en servir. La modération est l’arme des forts et la vertu des sages !

Le pardon

Sobriété et humilité sont les meilleurs souliers pour marcher sur le chemin vers la vie éternelle, et notre bâton de pèlerin est du bois de la sagesse. Le pardon est la réponse inconditionnée à l’abîme du mal ! Il marque l’insertion dans l’ordre phénoménal d’une autre dimension ; dimension proprement métaphysique que Kant appellerait « la dimension nouménale de la liberté », et Pascal, « la dimension surnaturelle de la grâce ». Le pardon est un ‘don’ total qui à le pouvoir d’arrêter l’enchaînement mécanique des causes et des effets pour instaurer la loi de l’amour et non celle de l’« œil pour œil et dent pour dent ». Le pardon est un don divin, une force insufflée par Dieu, une grâce de l’Être d’amour.

le Dr Luc Bodin confirme la nécessité du pardon. Il présente le pardon exercé dans d’autres cultures : « Ho’oponopono tire son origine d’un rituel ancestral utilisé à Hawaï il y a très longtemps. A cette époque, Ho’oponopono permettait de résoudre les problèmes communautaires au sein des villages. Il s’agissait donc d’un procédé de réconciliation. Il consistait à réunir tous les habitants du lieu afin qu’ils partagent ensemble leurs problèmes et leurs conflits. Une fois cela réalisé, chacun demandait pardon pour les pensées inadaptées, voire erronées, qu’il avait émises et qui étaient les sources des problèmes. Ho’ponopono enseigne que nous sommes créateurs à 100% de notre vie. Il n’y a aucun élément de notre existence qui échappe à cette règle. Ainsi tout – simplement parce que c’est dans notre vie – est le fruit de notre création… ou plus exactement, est le résultat de nos pensées : nos pensées erronées sont source d’ennuis et de désagréments, alors que nos pensées parfaites apportent amour et équilibre. Comment se pratique-t-il ? Cela va se passer en plusieurs temps. Tout d’abord face à une situation désagréable, je commence par me rappeler que j’en suis le créateur à 100% et que les autres n’y sont pour rien. Je n’en suis pas la victime, mais l’instigateur à cause d’une de mes pensées qui est erronée et qu’il me faut – que je demande à – effacer. Ensuite, je dis : « Désolé, pardon, merci, je t’aime » :

  1. « Désolé » d’être le créateur de cet événement.
  2. J’en demande « pardon ».
  3. « Merci » à la vie de m’avoir montré cette mémoire erronée que j’avais en moi et dont je n’avais pas conscience.
  4. « Je t’aime ». J’aime la vie, mais surtout j’envoie de l’amour à cette mémoire erronée et je demande qu’elle soit effacée… On pourrait tout aussi bien dire : « je m’aime »… Car Ho’oponopono utilise l’énergie de l’amour pour obtenir la guérison. Ce qui est impressionnant lorsque l’on commence à utiliser Ho’oponopono dans sa vie courante, est que les résultats sont quasi-immédiats… ou du moins très rapides à survenir. En supprimant peu à peu nos mémoires erronées, Ho’oponopono constitue en réalité un excellent outil d’évolution personnelle que chacun peut réaliser seul sans l’aide d’un thérapeute ou d’un médecin. Cette technique de réconciliation ancestrale rejoint sous nombre d’aspects les découvertes de la physique quantique moderne qui démontrent combien notre pensée peut agir sur la matière et par là sur notre environnement et notre vie.   »

Et Jésus, qui sur la croix disait : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! », instruisit ses disciples sur le pardon ainsi : « «Eh bien moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.» (Mt. 5.43-48) Jésus pourrait dire aujourd’hui : Pardonne leur, ils savent ce qu’il font ! »

Apprendre à se pardonner : il est important de savoir accepter l’imperfection, et de ne pas se punir excessivement dès que l’on fait une erreur. Se punir constamment pour nos fautes passées ou présentes ne nous aide pas à progresser, mais nous enferme dans un cercle vicieux qui nous fait penser que nous sommes des échecs : essayer de sortir de ce type de pensées est essentiel pour adopter des habitudes qui démontrent plus d’estime de soi. Après tout, l’erreur est humaine et nos sens sont imparfaits ou limités. Pardonnons-nous d’avoir essayé de vivre d’après les attentes des autres et au lieu de ça, commençons à faire les changements nécessaires pour pouvoir poursuivre notre propre objectif. Dans le processus du pardon de soi, la méditation est un moyen idéal pour trouver une réalisation de soi intérieure, calme et spirituelle, en plus d’une bonne relaxation physique. Cela nous donnera du temps pour nous et nous permettra de nous mettre à l’unisson avec le moment présent, de l’apprécier, mais aussi d’entrer en contact avec notre « moi » intérieur. Si nous en faisons régulièrement, la méditation améliore notre bien-être et notre sens du soi. En effet, le pardon de soi commence par le fait de comprendre que nous sommes sur cette terre pour évoluer spirituellement. Chaque expérience, même celles que nous jugeons mauvaises ou honteuse, font partie de notre cheminement vers la plénitude, la joie et l’acceptation inconditionnelle de soi.

La tolérance

Pour finir, la tolérance n’est pas la moindre depuis que, finalement, le monde occidental a accepté le pluralisme et a formé des sociétés pluralistes qui admettent la liberté d’expression et la coexistence de plusieurs religions. A ce sujet, Frédéric Lenoir nous rappelle : « La plupart des individus, qu’ils soient croyants ou non, pratiquants ou non pratiquants, perçoivent le pluralisme religieux comme une richesse. » C’est en effet ce qui m’a toujours attiré en Inde : la réflexion, le raisonnement, l’argument, l’expérience et la réalisation, étant au cœur du débat spirituel, toute forme de pensée, d’école spirituelle ou de religion est non seulement tolérée mais intégrée dans le paysage de la transcendance qui a toujours régné en Inde. Gandhi dit à ce propos : « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents. » Cette diversité enrichit considérablement la compréhension des Textes sacrés, laissant ainsi un corpus extraordinaire de raisonnements touchant aussi bien la transcendance que l’immanence pour le bonheur des doctes spiritualistes et des chercheurs sur les mystères de l’Esprit. Swami Vivékananda disait : « Je suis fier de vous apprendre que j’appartiens à une religion qui a pour langue sacrée le sanskrit, dans laquelle le mot ‘exclusion’ est intraduisible. »

Citons de nouveau Frédéric Lenoir : « Cette acceptation philosophique et sociale du pluralisme religieux entraîne une mutation profonde du concept de tolérance. La tolérance n’apparaît plus aujourd’hui comme une simple vertu politique indispensable au bon fonctionnement des sociétés démocratiques. Elle est de plus en plus considérée comme une vertu éthique : l’acceptation authentique de la différence de l’autre. A la suite de Montaigne, Kant faisait déjà remarquer que la légitimité politique de la tolérance pouvait être totalement séparée de l’engagement moral en faveur de la tolérance. Autrement dit, suffit-il d’être politiquement tolérant – je tolère l’autre au sens où je le supporte, où j’accepte sa présence dans le même espace politique – pour être moralement tolérant ? Poussée jusqu’au bout, la tolérance peut être considérée comme une vertu éthique qui allie la force des convictions au respect de l’autre, qui engage l’individu à remettre en question ses propres certitudes parce qu’elles sont contestées de bonne foi. Il ne s’agit plus d’exposer ses vérités, mais d’argumenter avec l’autre dans le souci commun de rechercher ce qui est bien ou ce qui est vrai. (..) Pour qu’une société soit forte et vivante, il ne suffit pas que des individus cohabitent au sein d’un même espace politique dans une sorte d’indifférence ou de mépris, en s’ignorant ou en se soutenant à distance. On le mesure à l’heure actuelle tant avec la progression d’un individualisme indifférent à la vie collective qu’avec la montée agressive des communautarismes et de l’intolérance religieuse. » (Les métamorphoses de Dieu)

L’intolérance, le fanatisme, le sentimentalisme sont malheureusement les fruits empoisonnés du ‘néophisme’ de l’homme qui poussent sur l’arbre de la connaissance. D’où l’importance du débat, de l’échange, du partage ou encore de la compagnie des saints hommes et des hommes sains, croyants ou non, représentant les fruits comestibles et savoureux de cet arbre.

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